Traces de la Grande Guerre

de Gilles Prilaux et Dominique Bossut

Affiche trace de la grande guerre modifokLa mémoire des pierres
La volonté de vouloir imprimer à jamais dans la pierre une trace de son passage et de son existence n’est pas un fait anodin. On ne grave pas, on ne sculpte pas, on ne griffe pas comme on écrit une lettre ou comme on croque au pastel un champ fleuri de juillet, il y a sans doute dans ces gestes un désir inconscient d’expression éternelle.
Quand, à la pointe d’un canif ou d’un crayon, on grave son nom, son numéro de matricule, son pays, et parfois même son adresse, on confie à la pierre le soin de conserver précieusement son identité, mais on lui demande aussi d’être le souvenir visible et immuable de son séjour dans ces cavités.


Lorsque les soldats quittaient ces lieux souterrains, entourés de leurs bulles de lumière rythmées par les flammes vacillantes de leurs bougies, ils abandonnaient derrière eux le noir profond des ténèbres. Mais, ils avaient laissé une part de leur intimité dans la roche, une part qui finalement ne pourra jamais être fauchée par les billes meurtrières des obus à shrapnel. Parcourir les longues galeries souterraines, plonge le visiteur dans un environnement inhabituel presque mystérieux, sombre et humide, silencieux et sans écho.
Ici, on n’entend plus le tumulte du champ de bataille. Ici, on chuchote plus que l’on hurle.

La diversité des témoignages inscrits dans la pierre répond à une réalité plurielle et complexe. Les soldats de la Grande Guerre, en fonction de leur pays d’origine, de leur éducation, de leur culture, de leur âge, de leur personnalité, ont produit des témoignages très diversifiés et riches d’enseignements sur l’état d’esprit et leur comportement.

Ces vestiges sont un formidable trésor patrimonial, qui regroupe des oeuvres humaines témoins de la vie quotidienne et des mentalités de soldats, qui dans la promiscuité et dans une forme de résilience expriment des sentiments qui en général ne sont pas dévoilés.

Au-delà de l’intérêt épigraphique, ces archives sont chargées d’histoire et doivent être appréhendées comme des vestiges archéologiques même si la dimension humaine occupe une place importante et ne peut pas être écartée de l’analyse. Cet exercice destiné à faire découvrir un patrimoine méconnu devait être aussi valorisé par l’image. C’est le défi que nous nous sommes lancés.

 

Les auteurs de l'exposition

Gilles Prilaux est archéologue au sein de Somme-Patrimoine et directeur du centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre.
Il a dirigé pendant une trentaine d’années des fouilles rchéologiques dans la région des Hauts-de-France. Depuis le milieu des années 90, il mène un important travail sur les vestiges de la Grande Guerre, principalement dans la Somme et en Artois.

Il est le co-auteur de « L’archéologie de la Grande Guerre » (Ouest-France), l’auteur de « Graffitis et bas-reliefs de la Grande Guerre » (Michalon), et de « The Silent Soldiers of Naours » (New Holland Publishers).

Dominique Bossut est archéologue et photographe à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (l’Inrap).
Professionnel de l’archéologie depuis 1992, il exerce ses compétences sur le terrain et durant les phases d’études à travers des reportages photo et des prises de vues d’objets archéologiques.

Compagnon de Gilles Prilaux dans les recherches souterraines, il a réalisé les clichés de « Graffitis et bas-reliefs de la Grande Guerre » (Michalon).

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